
Lors du 26ᵉ sommet ordinaire de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC), qui s’est tenu le 7 juin 2025 à Malabo, en Guinée équatoriale, une décision sans précédent a été prise : la condamnation officielle du Rwanda pour son rôle présumé dans la crise sécuritaire à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Ce revirement diplomatique marque un tournant pour l’organisation sous-régionale, souvent critiquée pour sa prudence face aux tensions entre États membres.
Dans un communiqué final à la tonalité ferme, les chefs d’État de la CEEAC ont exigé « le retrait immédiat » des forces rwandaises du territoire congolais, qualifiant leur présence d’« agression militaire ». Cette prise de position tranche avec le langage habituellement feutré de l’organisation, révélant une volonté de mettre fin à l’impunité dans les conflits transfrontaliers et de privilégier la souveraineté des États membres.
Cette fermeté bénéficie à Kinshasa, qui mène depuis plusieurs mois une offensive diplomatique pour faire reconnaître le caractère extérieur de la menace dans la région du Nord-Kivu, en proie aux affrontements avec le groupe armé M23. Le président Félix Tshisekedi, présent au sommet, a salué une décision « historique », qui selon lui marque « l’unité retrouvée » des États africains autour du respect des frontières et de la stabilité régionale.
Dans un geste symbolique lourd de conséquences, la CEEAC a décidé de suspendre la présidence tournante du Rwanda, prévue pour ce cycle. La Guinée équatoriale, pays hôte du sommet, assurera finalement ce rôle. Cette exclusion, inédite, traduit un isolement diplomatique croissant de Kigali sur le continent, au moment même où les tensions militaires se multiplient dans l’Est congolais.
Au-delà de la crise RDC-Rwanda, les discussions ont aussi permis de relancer les réformes internes de la CEEAC. Les dirigeants ont validé le renouvellement de la Commission de l’organisation, prévu dans les trois mois, signe d’un sursaut institutionnel dans une région où les défis sont multiples : sécurité, développement, intégration économique.
Pour la délégation congolaise, composée notamment de Didier Manzenga, Grâce Yamba et de l’ambassadrice Jocelyne Kabengele, le sommet marque une victoire politique indéniable. Mais les regards se tournent désormais vers le terrain : Kinshasa devra capitaliser sur ce soutien pour renforcer la stabilité dans l’Est du pays et traduire les avancées diplomatiques en progrès concrets pour les populations.
CK
