
À Lubumbashi, plus de cent cinquante déplacés internes originaires du Nord et du Sud-Kivu survivent dans l’indifférence quasi totale des autorités. Venus chercher refuge loin des violences qui ravagent l’est de la République démocratique du Congo, ces familles vivent dans une précarité extrême depuis maintenant six mois, sans aucune assistance humanitaire tangible.
Regroupés dans plusieurs zones périphériques de la capitale du Haut-Katanga, ces déplacés ont été contraints d’improviser leur propre survie. À Ruashi, une trentaine de personnes dorment sur les bancs d’une église. À Luowoshi, d’autres s’entassent dans des abris de fortune. À Kasapa, 48 personnes sont accueillies temporairement par des familles bénévoles, elles-mêmes en difficulté. Toutes sont confrontées au même désespoir : manque cruel de nourriture, absence d’eau potable, conditions d’hygiène indignes.
Malgré des démarches répétées auprès des services étatiques et des ONG, leurs appels à l’aide restent lettre morte. Byamungu Igunzi, leur représentant, assure avoir contacté à plusieurs reprises le gouvernorat, la mairie, l’Assemblée provinciale ainsi que les ministères en charge des Affaires sociales et du Genre. « Nos correspondances ne récoltent que des accusés de réception », regrette-t-il, visiblement épuisé par cette attente interminable.
Seul signe d’intérêt institutionnel, une équipe mandatée par la ministre des Affaires sociales, Nathalie Aziza Munana, s’est déplacée à Lubumbashi il y a trois mois. Les déplacés ont été brièvement enregistrés, interviewés, et se sont vus remettre des jetons numérotés. Depuis, plus rien. « Ces jetons sont devenus les symboles de notre oubli », ironise amèrement Byamungu Igunzi.
Sur le terrain, les conséquences de cet abandon sont dramatiques. Privés de soins médicaux, exposés aux intempéries, les déplacés doivent faire face à des pertes humaines. Récemment, une jeune fille de 18 ans est décédée des suites de maladies aggravées par les conditions de vie déplorables. Elle avait perdu ses parents lors des affrontements entre les FARDC et le M23.
CK
