
Alors que les pourparlers entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda avancent sous l’égide des États-Unis, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege tire la sonnette d’alarme. Pour lui, la paix ne saurait se construire sans un véritable examen des responsabilités et une reconnaissance des souffrances des victimes. « La paix ne peut se réduire à faire taire les armes. Elle doit reposer sur la justice, la vérité et les réparations », insiste-t-il.
Dans une déclaration commune rendue publique le 18 juin à Washington, les deux pays affichent leur volonté de dialogue et de coopération. Mais Mukwege dénonce un texte « peu engageant qui occulte la réalité de l’agression subie par la RDC ». Selon lui, cette déclaration « répète une série de dispositions » vagues sans s’attaquer aux racines du conflit.
Le prix Nobel rappelle également l’importance de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en février 2025, qui exigeait le retrait des troupes rwandaises et la fin du soutien aux rebelles du M23. « Ignorer ce texte contraignant revient à piétiner le droit international », avertit Mukwege.
L’ancien gynécologue pointe aussi du doigt la dimension économique du processus, dénonçant une coopération accélérée « qui organise le pillage des ressources naturelles au détriment des communautés locales ». Cette approche, estime-t-il, passe à côté des véritables enjeux liés à la justice et à la reconnaissance des victimes.
Par ailleurs, Mukwege critique l’approche bilatérale soutenue par Washington, alors que le conflit régional implique plusieurs acteurs, dont l’Ouganda et le Burundi. Il plaide pour une démarche multilatérale et une relance de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba de 2013, longtemps resté lettre morte.
Enfin, l’ancien candidat à la présidentielle congolaise appelle à une conférence internationale sur la paix dans la région des Grands Lacs, fondée sur une « volonté politique sincère ». Il met en garde : « Un processus opaque, non inclusif, et dicté par des intérêts géostratégiques ne fera qu’aggraver la crise. »
CK
