
Alors que la cité d’Uvira vient de tomber entre les mains de l’AFC/M23, dans un silence militaire qui interroge, l’Union sacrée de la Nation (USN) annonce une « grande marche pacifique nationale » pour le 19 décembre 2025. Officiellement, il s’agit de dénoncer l’agression étrangère et de réaffirmer l’attachement du peuple congolais à la souveraineté nationale.
Mais sur les avenues de Kinshasa, comme dans les collines endeuillées du Sud-Kivu, une interrogation persiste : cette marche répond-elle réellement à l’urgence sécuritaire, ou n’est-elle qu’une tentative de détourner l’attention d’un nouvel échec stratégique ?
Une mobilisation perçue comme une mise en scène
Le contraste est frappant. Tandis que des milliers de familles fuient les combats et que les territoires de l’Est continuent de basculer, le pouvoir appelle à descendre dans les rues. Pour de nombreux observateurs, cette mobilisation ressemble davantage à une opération de communication qu’à un geste de résistance.
Le rappel biblique « Rendez grâces en toutes choses » circule dans les discussions, mais certains y voient une interprétation détournée : à chaque crise majeure, une nouvelle mise en scène politique ; à chaque recul militaire, une mobilisation populaire ; à chaque drame national, un slogan pour remplir l’espace médiatique.
Pendant ce temps, déplorent-ils, les cercueils se succèdent, les familles se dispersent, et les lignes de front s’effondrent.
Une coalition fragilisée de l’intérieur
Selon plusieurs analyses politiques, l’Union sacrée semble minée par ses propres contradictions. Beaucoup estiment que cette plateforme ne fonctionne plus comme un bloc politique cohérent, mais plutôt comme une alliance d’intérêts divergents, unie davantage par l’accès au pouvoir que par une vision nationale commune.
Pour ces critiques, l’enjeu prioritaire pour une grande partie de ses membres serait devenu le partage de postes et d’institutions, laissant en arrière-plan la crise sécuritaire et les défis de gouvernance.
« Une marche pour masquer l’échec »
Pour une frange croissante de la population, cette marche ne saurait résoudre les problèmes fondamentaux du pays. « Ce n’est pas un acte de résistance, mais une opération de communication », affirment certains analystes, convaincus que le pouvoir tente de canaliser la colère populaire au lieu d’y répondre.
La souveraineté nationale, rappellent-ils, ne se défend pas par des pancartes mais par :
une armée équipée et disciplinée,
une diplomatie ferme et cohérente,
une gouvernance responsable,
une stratégie nationale claire.
Or, depuis des mois, les groupes armés progressent tandis que les autorités multiplient les annonces, les slogans et les mobilisations symboliques.
Un peuple en quête de solutions, pas de spectacles
La population congolaise n’a pas besoin de diversions, mais de réponses concrètes.
Elle réclame :
la sécurité,
la vérité,
la cohérence,
et un État capable d’assurer sa protection.
Les manifestations peuvent avoir une portée politique, mais elles ne sauraient remplacer les décisions stratégiques qui s’imposent.
La Rédaction
