Portrait d’un Sphinx : L’irrésistible ascension d’Alexis Thambwe Mwamba [Henry Ngindu Journaliste]

Dans le paysage politique congolais, souvent marqué par l’exubérance et les discours passionnés, Alexis Thambwe Mwamba, affectueusement surnommé « ATM », détonne par une élégance immuable et une discipline de fer. Avocat de talent et homme d’État au phrasé monocorde, il cultive une diction parfaite et des manières policées qui forcent soit l’admiration, soit l’agacement. Ce contraste frappant avec la norme ambiante fait de lui un personnage clivant mais incontournable, dont l’apparence soignée cache une personnalité complexe, forgée à l’école de la rigueur et du classicisme.

Pour comprendre l’homme, il faut remonter à ses racines au cœur du Maniema, cette province-carrefour où se mêlent les influences des régions voisines. Véritable sanctuaire du nationalisme congolais, le Maniema est le berceau de l’ethnie Kusu, dont est issu ATM. Ce brassage culturel, où les identités se croisent entre les rives de la rivière Lomami, a forgé chez lui une grande capacité d’adaptation. Il est aussi à l’aise dans les salons huppés de Bruxelles, coupe de champagne à la main, que dans sa résidence de Kindu, partageant un plat de « fufu-pondu » avec les siens, démontrant un attachement viscéral à sa terre natale.

L’histoire commence le 6 mai 1943 dans le village de Longa. Né derrière la maison familiale faute de maternité, le jeune Alexis reçoit de ses parents, Edouard Mwamba et Thérèse Asengo, le nom de son grand-père maternel : Ntambwe. Ce nom, associé au prénom Alexis (du grec alexein : protéger), semble avoir été prémonitoire. Fils d’un agriculteur forgeron et d’une fille de chef coutumier, le petit garçon grandit dans un environnement où la noblesse du sang rencontre la rudesse du travail manuel, jetant les bases d’un destin placé sous le signe de la défense et de la responsabilité familiale.

Trois figures ont marqué au fer rouge l’enfance d’Alexis. Sa mère, gardienne des principes de noblesse, lui a inculqué la dignité et le respect dû à son rang. Son grand-père, le chef coutumier Ntambwe Pene Kilala, a éveillé sa vocation juridique par la solennité de ses audiences villageoises. Enfin, son père, bien qu’analphabète, a eu l’intuition géniale que l’instruction serait l’unique ascenseur social pour son fils. Ensemble, ils ont façonné un jeune esprit assoiffé de savoir, transformant le petit écolier de « brousse » en un étudiant boulimique de connaissances dès son entrée à l’école primaire en 1949.

D’une école rurale perdue dans le Maniema aux bancs prestigieux de l’Université Libre de Bruxelles, le parcours d’Alexis Thambwe Mwamba est une épopée de réussite. Successivement patron minier au Kivu, Directeur Général de l’OFIDA, ministre multiréformateur sous Mobutu et Kabila, puis Président du Sénat, ATM incarne une certaine idée de l’excellence administrative. Ce récit, dont nous n’avons ici que les premières pages, préfigure l’ascension fulgurante d’un homme qui, au-delà des polémiques, a su marquer l’histoire institutionnelle de la République Démocratique du Congo d’une empreinte indélébile.

À suivre dans nos prochaines éditions…

Henry Ngindu

par Van Van

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