
La commune rurale de Kisanfu, dans le territoire de Mutshatsha (province du Lualaba), est en ébullition depuis la macabre découverte de sept corps en décomposition dans une forêt voisine. Les victimes, identifiées comme des motards portés disparus depuis la mi-juin, ont été retrouvées jeudi 3 juillet par les habitants, après plus de deux semaines de recherches sans appui notable des autorités. Ce drame tragique a ravivé une colère latente, alimentée par un sentiment croissant de trahison de la part de l’État.
En réaction, les habitants ont paralysé la circulation sur la Route nationale n°39, vitale pour le transport minier régional. Barricades, pneus incendiés et protestations spontanées ont marqué cette journée de deuil et de révolte. « Trop, c’est trop », a lancé un manifestant, réclamant « justice pour les nôtres » et des mesures urgentes contre l’insécurité galopante. La mobilisation a pris une ampleur inédite, exprimant le ras-le-bol d’une population à bout de souffle.
Ce climat explosif s’inscrit dans une suite de tensions déjà vives. Il y a deux semaines à peine, Kisanfu était le théâtre d’affrontements meurtriers entre partisans de l’UDPS et ceux de l’UNAFEC. Les violences avaient fait plusieurs morts et conduit à la condamnation expéditive à mort de 12 personnes. Pour de nombreux habitants, cette justice à deux vitesses ne fait qu’ajouter à l’amertume. La découverte des corps vient, pour beaucoup, confirmer l’idée d’un État démissionnaire face à ses responsabilités sécuritaires.
Deogracias Yambenu, coordonnateur local de la Nouvelle Société Civile Congolaise, n’a pas mâché ses mots : « Kisanfu se vide, les gens fuient. Ils ne croient plus aux promesses. L’État doit agir immédiatement, sinon la situation peut dégénérer. » Un avertissement clair, dans un contexte où la peur s’installe durablement et où la population se sent abandonnée à son propre sort.
Face à l’ampleur du drame, les autorités provinciales ont promis une déclaration dans les prochaines heures, tandis que les forces de sécurité ont été déployées sur le terrain. Mais pour les habitants de Kisanfu, le mal est fait. La confiance est rompue, et cette nouvelle tragédie s’ajoute à une longue liste de traumatismes. Dans cette partie du Lualaba, le lien entre population et institutions semble aujourd’hui gravement compromis.
CK
