<​L’Argentier national semble avoir érigé le ministère des Finances en un sanctuaire de l’humiliation collective> [Tribune de Henry Ngindu]

​Entre retards chroniques et opacité comptable, la rémunération des agents de l’État, autrefois droit inaliénable, s’apparente désormais à une hypothétique gratification.

L’interrogation s’est muée en une douloureuse litanie nationale : le ministère des Finances est-il devenu le théâtre d’une déchéance organisée ? Ce qui ne relevait jadis que d’une crainte diffuse est aujourd’hui un constat cinglant, validé par la détresse de milliers de foyers. Jamais, dans les annales de la République Démocratique du Congo, l’ordonnancement des dépenses publiques n’avait manifesté une telle inertie, transmuant une prérogative constitutionnelle en une aumône aléatoire. Sous la férule de l’actuel titulaire du portefeuille, la perception des émoluments a cessé d’être une formalité administrative pour devenir un véritable chemin de croix.

​Une gestion à l’épreuve de la survie

​Depuis juillet 2025, l’élite administrative du pays ne vit plus ; elle s’étiole dans une survie de chaque instant. Le fonctionnaire congolais est désormais assujetti au bon vouloir d’un cabinet qui semble avoir occulté le principe cardinal du droit social : le caractère alimentaire du salaire. Cette gestion erratique ne se contente plus de broyer le quotidien de nos concitoyens ; elle projette à la face du monde l’effigie d’un État en pleine déliquescence. À l’échelle internationale, la patrie de Lumumba se voit frappée d’une ignominie diplomatique, perçue comme une nation incapable d’honorer la dette qu’elle a contractée envers ses propres serviteurs.

L’impérieux appel au garant de l’ordre institutionnel

​Excellence Monsieur le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, la gravité de l’heure commande une franchise absolue. Ce désordre financier, qui s’enkyste depuis près d’un an, menace de devenir la flétrissure indélébile de votre second quinquennat. Le salaire n’est pas une faveur octroyée par la magnanimité d’un ministre, mais une créance sacrée. C’est le rempart contre l’indigence, le gage de l’éducation de notre jeunesse et le socle de l’autorité de l’État.

​Peut-on encore décemment invoquer le paradigme du « Peuple d’abord » lorsque le sommet de l’édifice financier feint d’ignorer les râles de la base ?

Priver l’agent public de ses moyens de subsistance, c’est attenter à son intégrité morale et le condamner à une déshérence indigne de son rang.

De la nécessité d’une rupture salutaire

​Le crédit de confiance accordé à l’actuel argentier est aujourd’hui frappé de nullité. Le peuple, souverain primaire, n’est plus en quête d’alibis techniques ou de calendriers dilatoires ; il exige des actes de rupture.

Le slogan « Peuple d’abord » ne saurait s’accommoder de fonctionnaires affamés par l’incurie systémique d’un seul homme.

​L’heure n’est plus aux excuses, mais à la sanction. Pour restaurer le prestige de la République et préserver une paix sociale vacillante, le remaniement de l’exécutif s’impose non comme une option, mais comme une exigence impérieuse de salut public. Il est urgent de soustraire les finances de l’État aux aléas de l’incertitude pour les confier aux mains de la rigueur et de l’orthodoxie.

Henry Ngindu

par Van Van

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