Au crépuscule du 21ᵉ siècle, l’onde numérique, telle une mer déchaînée, envahit les rives de notre quotidien. Dans le tumulte des gadgets et des plateformes, un nouveau type de parole s’élève, celle des podcasts, ces murmures digitaux qui circulent dans l’éther de l’internet, porteurs d’histoires, de confessions, et parfois de scandales. Mais que se cache-t-il derrière cette illusion de liberté d’expression ? Derrière les microphones et les écouteurs, se cache un monde de voix qui, parfois, se transforment en armes.
Le dernier épisode de cette série, qui ferait rougir plus d’un chroniqueur, est le podcast de Joël Lamika, ce jeune activiste devenu maître de cérémonie dans un univers où les auditeurs semblent plus avides de révélations que de vérités. Là, dans ce microcosme virtuel, une voix s’élève : celle d’Ornella Mobolama, l’ex-épouse de l’homme de médias, Benjamin Litsani Choukran, dit « Le Fondé ». Une voix portée par l’émotion, mais aussi par la douleur, qui jette des pierres dans le jardin de l’ancien compagnon. Un jardin qui, hélas, n’est pas épargné par les éclats d’une guerre silencieuse entre deux âmes brisées.

Il est fascinant de voir à quel point un podcast, modeste en apparence, peut devenir un tribunal où des cœurs meurtris se livrent à une justice informelle. Ornella Mobolama, dans une interview intime, dévoile l’intimité d’un mariage qu’elle qualifie de toxique. Son ex-époux, dépeint comme un homme cruel, froid et indifférent, devient l’objet de ses récriminations. Ses mots, tels des flèches, visent au cœur de l’homme qui fut jadis son mari. Mais qu’est-ce qui, dans cette déferlante de douleur, relève de la vérité et de l’invective ? Dans cet espace où tout se dit, où tout se confie, la fragilité de l’éthique se fait sentir.
Au milieu de cet enchevêtrement de mots, Joël Lamika apparaît comme le chef d’orchestre, maniant les questions comme des baguettes, et parfois, plutôt que de tempérer l’ardeur de son invitée, il la pousse, sans doute inconsciemment, à jouer la mélodie du scandale. La ligne entre l’invité et l’animateur devient floue. Mais où est donc passée la rigueur de l’interview, cette noblesse de l’enquête qui devrait chercher la vérité sans jamais devenir l’outil d’un règlement de comptes ?

La réponse à cette question se trouve dans la réplique de Benjamin Litsani, qui s’élève telle une tempête de colère, balayant d’un revers de main les accusations diffusées sans filtre. Il n’est pas question ici de minimiser la douleur de son ex-épouse, mais plutôt de dénoncer la manière dont son histoire a été exposée au monde, sans la moindre possibilité de répliquer dans l’instant. Le podcast, bien plus qu’un simple échange, se transforme en un tribunal, où l’accusé ne peut répondre que par des communiqués émis bien après le procès public. Et là, l’équilibre du discours s’effondre. Il n’y a plus de contrepoids, plus de droit de réponse. Il y a une parole qui domine, sans nuance.
Il est trop facile de jeter l’opprobre sur l’un ou l’autre des protagonistes. La responsabilité dans cette affaire ne repose pas seulement sur les épaules de Joël Lamika, qui a permis cette émission sans se soucier des conséquences d’une telle exposition. Elle repose également sur la nature même des podcasts, ces échappatoires à la régulation et au contrôle. Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication ont offert à chacun la possibilité de s’exprimer, mais qu’en est-il de la responsabilité de ces paroles lorsqu’elles franchissent les frontières de la vie privée ?
Les podcasts sont devenus des vitrines de la vérité, mais ces vitrines sont-elles toujours intactes, sans fissures, sans distorsions ? Chaque histoire partagée mérite d’être écoutée avec attention, mais il faut aussi reconnaître que certaines paroles peuvent être manipulées par l’émotion, par le désir de vengeance, par le besoin de se faire entendre. Litsani se retrouve victime de cette mécanique, son nom souillé, ses actions jugées sans la possibilité d’une réplique immédiate. Dans ce tourbillon de paroles, il semble que la précaution a été jetée au vent, et la quête de justice n’est plus qu’un souvenir lointain.

C’est ici que les autorités, et plus particulièrement Patrick Muyaya, ministre de la Communication, et Christian Bosembe, Président du CSAC, doivent intervenir. Le podcast n’est pas qu’un divertissement, il est un acte public, une intervention dans l’espace collectif. Il n’est pas question de museler les créateurs de contenu, mais de s’assurer que ces espaces demeurent respectueux des principes fondamentaux de la société : la vie privée, la dignité humaine, et le respect des faits.
Il est grand temps de réguler les NTIC, de repenser les responsabilités des créateurs de contenu, et de leur rappeler que chaque mot a un poids. Le podcast, comme toute forme d’expression, doit être une voix pour la vérité, non pour l’injustifiable.
HN

