
Le 26 juin prochain, tous les regards se tourneront vers Arusha, en Tanzanie, où la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) rendra sa décision sur la recevabilité et la compétence d’une plainte déposée par la République démocratique du Congo contre le Rwanda. Une étape décisive dans une affaire qui pourrait marquer un tournant inédit dans la justice continentale, avec l’ouverture potentielle d’un procès interétatique devant cette juridiction.
Déposée en 2023, la requête congolaise vise directement Kigali, accusé de soutenir militairement les rebelles du M23/AFC. Kinshasa s’appuie sur « plusieurs rapports d’experts de l’ONU » qui auraient mis en lumière « l’implication présumée du régime rwandais dans la déstabilisation des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ». Un contentieux explosif que les autorités congolaises souhaitent désormais porter sur le terrain du droit.
C’est le greffier de la Cour, Dr Robert Eno, qui a officialisé la tenue de cette audience publique prévue « le 26 juin 2025 à partir de 10 heures (heure d’Arusha – GMT+3), au siège de la Cour à Arusha, en République-Unie de Tanzanie ». L’événement sera retransmis en direct sur YouTube en français, anglais et kiswahili — une démarche qui s’inscrit dans une volonté affirmée de transparence envers les citoyens du continent.
Au-delà des enjeux juridiques, la démarche congolaise s’inscrit dans une stratégie de repositionnement diplomatique. « Avec cette procédure, la RDC espère placer le différend sur un terrain juridique et diplomatique, loin des champs de bataille du Kivu », confient des sources proches du dossier. Kinshasa entend ainsi s’émanciper d’une logique purement sécuritaire et donner la parole aux institutions panafricaines.
Deux issues sont possibles. La CADHP pourrait se déclarer compétente, ouvrant la voie à un procès historique entre deux États membres de l’Union africaine. Dans le cas contraire, la requête serait jugée irrecevable, mettant un terme à la procédure. Quelle que soit la décision, elle constituera une référence pour les futures affaires interétatiques sur le continent. « La Cour rendra un arrêt sur la compétence et la recevabilité », a précisé Dr Robert Eno.
Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse le seul cadre judiciaire. Le gouvernement congolais espère que la Cour reconnaîtra « les violations de ses droits fondamentaux » et pourra même « obtenir des réparations, voire des injonctions internationales » contre le Rwanda. Une réponse juridique à un conflit meurtrier qui, depuis des années, continue de plonger l’est de la RDC dans une instabilité chronique.
CK
